A quoi sert l’information ?

Comment à l’image de Reporters d’Espoirs, information peut rimer avec action, qu’elle soit individuelle ou collective. Une analyse qui incite à passer de l’infotainment à "l’information porteuse de solutions".

Le terme même « d’information » évoque encore le fait de recevoir passivement des images du monde et des messages, d’être simple « récepteur ». Mais la civilisation émergente, notamment avec les nouveaux médias, bouleverse ce modèle et les usages possibles de l’information. Vu sous cet angle, l’information change de statut. Elle n’est plus simple contemplation impuissante des événements au Journal de 20 Heures. L’information devient biologique : moyen de survie, d’adaptation, de décision face à des choix vitaux. Elle cesse d’être un bruit et une hypnose qui laissent hébété les spectateurs. Explicitons ce changement. L’information peut avoir trois fonctions.

L’information comme objet de consommation Information subie. Le spectateur est au plus loin de l’acteur : il n’a pas de prise directe sur ce qui est montré ; il se sent dépossédé de son pouvoir. Il reçoit souvent des informations n’ayant pas de rapport avec ses préoccupations personnelles immédiates et ses champs d’action. On lui montre pêle-mêle compétitions sportives, assassinats, princesses, famines lointaines… C’est en somme une forme d’oubli de soi et de maelström d’émotions positives ou négatives.

L’information comme moyen de se former une image du monde C’est la fonction plus évoluée reconnue e général à l’information. Elle aide le citoyen à connaître et reconnaître les enjeux politiques, sociaux etc. Elle montre les événements non sous leur seul jour émotionnel, mais en cherchant à appréhender le contexte, les causes. Elle donne une place aux points de vue contradictoires sur les grands problèmes sociaux. Mais cette seconde fonction n’a pas encore une incidence direct sur l’agir de chacun. Elle éclaire les grands choix politiques, mais ne conduit pas forcément à un mobilisation immédiate et efficace des citoyens, qui se situe à un troisième niveau.

L’information « porteuse de réponse » (Reporters d’espoirs) Les nouveaux médias – notamment les sites participatifs, Wikipédia, AgoraVox, etc.- impliquent dans leur structure même la participation des utilisateurs. Sans oublier les forums, qui permettent à chacun de débattre, les blogs etc. Mais ces innovations techniques ne sont pas le point essentiel. En fait, la nature des médias compte moins que l’attitude consciente de l’individu face à ceux-ci : le consommateur se gavait d’images et utilisait la télé, le journal, comme des fins en soi. Le nouvel « interacteur » (ou « réseauteur »), l’utilisateur de la société interactive, considère les médias comme des points de départ pour des rencontres et des actions. Ainsi, au niveau ludique, les tchats peuvent susciter des expériences amicales ou amoureuses diverses. Mais on peut aussi voir que certaines informations servent à motiver des activités : un reportage sur une école de chant jazz ou un club de parachutisme peuvent donner l’occasion de pratiquer ceux-ci. Encore plus sérieusement, un site d’une ONG peut amener ceux qui le consultent à s’engager dans telle ou telle action humanitaire.

L’information comme moyen de participation au monde

Sous cet angle, grâce à une information, je peux me changer, voire participer à des mutations collectives. Ce type d’information ne porte plus sur de « lointains spectacles », mais sur des pratiques, des mouvements sociaux, des thérapies, des énergies nouvelles etc. Grâce à cette information, nous pouvons actualiser nos possibilités, les réaliser. Inversement, le défaut de ce genre d’infos constitue une limite grave à notre pouvoir. Le manque d’information était un problème négligeable, tant que celle-ci était synonyme d’évasion, une façon de rêver ou de cauchemarder. A partir du moment où l’information devient un enjeu vital, essentielle pour nous ouvrir de possibilités et nous orienter, ses lacunes deviennent un problème sérieux. Quels types d’informations peuvent remplir cette fonction « d’ouverture des possibles » ?

Actuellement, « l’infotainement », cette info-évasion, est la plus courante. Au sein de ce bruit médiatique, comment trouver les données pertinentes ?

Du point de vue exposé ici, il n’est pas sûr que nous soyons bien informés. Il faut à la fois que chacun apprenne l’art de s’informer – c’est ce que j’ai voulu promouvoir dans mon essai L’Homme réseau (Chronique sociale, 1999) – et qu’il existe des lieux, des agences de presse, des associations, qui collectent et diffusent cette « information-moyen d’action » (ou « porteuse de réponses »). Une Agence comme Reporters d’espoir répond à ce besoin : elle communique des initiatives de personnes comme vous et moi, qui à leur niveau créent des solutions – initiatives « qui peuvent faire des petits », et être reprises ailleurs... Car il existe de par le monde des milliers d’actions constructives, qui donnent des réponses plus ou moins généralisables à tel ou tel problème – ainsi cet inventeur qui a trouvé un moyen de faire pousser des plantes dans les déserts, ou ces villageois qui créent une « monnaie alternative » en Amérique latine, et échappent à la tourmente financière.

Prendre le pouvoir par l’information ?

Évidemment, de telles actions butent sur un problème préalable. La plupart des gens se sentent « sans pouvoir ». Illusion ou réalité ? Sommes-nous de simples fétus de paille ? Ou bien, pouvons-nous en quelque façon agir et créer de nouvelles structures, transformatrices de notre vie et même de la collectivité ? Je prétends que nous avons tous, peu ou prou, du pouvoir. Le pouvoir n’est pas seulement vertical, descendant d’en-haut, mais peut être saisi par des structures horizontales, des réseaux de citoyens qui coordonnent leurs efforts. Plus la société est vaste et complexe, plus, paradoxalement, chacun peut exercer son propre pouvoir, bien plus que dans une société traditionnelle, petite et/ou hiérarchisée. Il s’agit de cesser d’être hypnotisé par les institutions, les grands mouvements établis, pour se rappeler que les ONG – devenues des puissances internationales – sont souvent nées par quelques individus… Que les actions locales, au départ, comme les S.E.L (Système d’Echanges Locaux), ont pris de l’expansion au moins régionale…

Tout cela est compréhensible si on se rappelle que le pouvoir consiste « simplement » en des individus reliés par de l’information, et mobilisant de ce fait des moyens. Il suffit donc que des personnes se connaissent et se coordonnent pour que leurs désirs prennent forme de réalité. Ici encore, c’est l’information le terme stratégique, c’est par elle que les individus souhaitant créer tel ou tel mouvement pourront se trouver.