De la tolérance active à la démocratie participative

De la tolérance active à la création de nouveaux outils, pour rendre viable le projet de démocratie participative : vue d’ensemble.

La tolérance active n’est pas une fin en soi, mais un moyen :
- pour désamorcer le « choc des civilisations »
- pour résoudre par l’intelligence collective différents problèmes - écologiques, sociaux, voire philosophiques.

Cette ambition se décline en 3 étapes, solidaires mais relativement indépendantes :

1ère étape  Réunir des « électrons libres »

C’est ce travail qui a été largement développé tout au long du site. Nous nous contentons ici de rappels :

Les visions parcellaires, les informations orientées, l’esprit-partisan, constituent le problème « Number one » que nous rencontrons. Aucun groupe, parti ou Eglise ne détient à soi seul « la Vérité ». Entrer au service d’un camp, quel qu’il fût, c’est perpétuer les conflits. Il faut sortir du jeu. Pour cela, il s’agit de réunir des individus de tous horizons, qui vont notamment circuler entre mouvances différentes et colliger beaucoup d’informations. Ces hommes-réseaux pourront comprendre les points de vue antagonistes et ainsi construire des ponts, à l’intérieur de leurs propres esprits et entre les atomes sociaux. Mais concrètement, que pourront-ils faire ? Comment répondre au grand défi que constitue la fragmentation de nos sociétés en « communautés » qui se regardent en chiens de faïence ?

Nous allons y répondre de façon indirecte, non pas – ou pas seulement – en cherchant à construire du dialogue interreligieux et interculturel, mais en partant des grands problèmes du monde. Car c’est toujours cela qui préoccupe chacun d’entre nous, qu’il s’agisse de problèmes personnels, collectifs, pratiques, existentiels ou autres…

2nde étape  l’appréhension des grands problèmes et de leurs solutions.

A partir du Réseau des Possibles ou par d’autres Associations, voire grâce à des Fondations qui voudront bien financer un tel projet, il faudra réunir de petits groupes de personnes motivées pour travailler sur les problèmes qui les intéressent. Au lieu de considérer comme données ou « évidentes » les réponses aux grands problèmes, les participants de ces groupes se verront comme des chercheurs, agents de l’intelligence collective, au service d’une construction progressive de solutions.

Idéalement, pour ces petits groupes il s’agit de
- considérer, comme point de départ, un grand problème (comme par exemple le chômage) ;
- colliger si possible toutes les solutions proposées (les grandes réponses macro-économiques, allant des programmes de l’extrême gauche à l’extrême droite, de l’autogestion anarchiste et des alternatives jusqu’au libéralisme, ou encore au collectivisme le plus centralisé),
- présenter chacune de ces solutions sous forme de courtes synthèses avec références et principaux arguments (pour/contre chacune des « solutions proposées », renvoyant à des sources approfondies) ;
- répertorier aussi les initiatives de terrain visant à résoudre concrètement le problème (Maisons de chômeurs, techniques psychologiques de re-motivation, création de son propre emploi, micro-crédits etc.).

On pourrait objecter que la tâche envisagée ici est infinie. Je pense, pour avoir étudié différentes questions, qu’il existe un nombre limité – donc connaissable et évaluable – de réponses à chacun des grands problèmes humains. Cela est vrai tant pour un problème existentiel ou philosophique tel que « Dieu existe-t-Il ? » que pour des problèmes économiques, sociaux ou politiques. De même pour les conflits territoriaux, religieux etc. il existe un nombre limité de solutions possibles, qui peuvent donc être définies, comparées et évaluées après avoir vu leurs présupposés moraux, leur réalisme, les arguments « pour » et « contre » chacune d’entre elles.

Ainsi, la collation des « réponses proposées » est un travail : possible, et surtout : souhaitable. Un tel catalogue donnera un choix plus éclairé au citoyen, et lui fera connaître des possibilités d’actions inédites, des initiatives de terrain qu’il pourrait soutenir.

Conclusion de cette étape :

A partir de chaque grand problème considéré, on pourra alors créer un nouvel outil, sous forme d’ouvrage ou de pages Web (intitulé par ex. « Le chômage et ses réponses » ; etc.). Ainsi, des informations autrefois éparpillées et partielles se trouveront réunies et hiérarchisées. Cet outil répondra au manque de hiérarchisation des infos, au découragement des citoyens qui se désinvestissent du politique (se demandant : « Que puis-je donc faire ? ») et enfin à l’esprit partisan (qui fait que les gens s’engagent pour une solution, sans avoir considéré avant un large panel d’autres réponses possibles).

Mais une telle vue d’ensemble sur de grands problèmes, même si c’est une étape importante, n’est pas le point d’arrivée final du processus.

3ème étape  la mise en débat méthodique de ces solutions.

Une fois qu’un groupe a rencontré de nombreux acteurs, et possède une certaine « vue d’ensemble » d’un problème, il peut tenter d’avancer vers la résolution effective.

Pour cela, deux voies pourraient se présenter :

- organiser des débats méthodiques, non limités dans le temps, sur le Net. Ce genre de débat permettrait de dégager un certain consensus, comme cela semble le cas sur des questions « science/société ». Le débat sur les OGM a dégagé du consensus autour du principe de précaution, par exemple.

 Voir mon article sur « le débat méthodique ».

- organiser des Etats Généraux d’initiative populaire autour d’une grande question, où seraient conviés de nombreux acteurs. Ces Etats généraux viseraient là aussi à une certaine exhaustivité des solutions proposées, et à créer des ponts entre intervenants, voire des synergies.

Je crois que de tels échanges d’arguments, à conditions d’être bien conduits, pourraient réellement faire avancer les choses. Pour un tel pari, il faut admettre un présupposé, à savoir : parier que certaines questions essentielles peuvent être « tranchées par la raison ». C’est un présupposé fort, qui demanderait à être discuté et se trouve nié par de nombreuses écoles de pensée.  A ce sujet, voir mon article Vers une typologie des conflits, où j’essaie de montrer pourquoi les conflits philosophiques ou politiques, ne sont pas insolubles.

De toutes façons, quelles alternatives existe-t-il à la recherche de solutions en commun ?
- la « tolérance molle » : chacun sa vérité, coexistence pacifique et « vivre-ensemble » plus ou moins convivial. Cette situation ne se maintiendra pas forcément toujours. Les tensions communautaires montrent que la coexistence entre des « atomes sociaux » attachés à des visions du monde différentes ne va pas de soi, et se délite de plus en plus. Par ailleurs, d’un point de vue de la dignité humaine, admettre que chacun garde sa vérité dans son coin, sans chercher à la discuter, ne conduit pas loin et n’est pas à la hauteur de notre vocation fondamentale d’homo sapiens.
- l’attitude dogmatique : une vérité est déjà-toujours trouvée, c’est un système politique ou religieux, et pour que les choses s’améliorent il faut « convertir » l’Humanité. Cette option, même si elle est possible, semble assez improbable. Etant donné la multiplicité des points de vue, souvent bien argumentés, il paraît difficile de croire que l’un d’entre eux est « vraiment » supérieur à tous les autres.

Etant donné que ni le relativisme « tolérant » ni le dogmatisme fermé ne sont satisfaisants pour la raison et ne créent la paix sociale, il ne reste que la voie que je préconise ici : l’idée que la vérité est un horizon, une construction, à élaborer par l’intelligence collective.

Résumé et conclusion

Soit un problème humain important, qui préoccupe de nombreux individus. Certaines personnes se réunissent, font un tour d’horizon des « solutions proposées » à ce problème, en dressent un inventaire à la fois exhaustif et comparatif. A partir de cet inventaire, on réunit des débats méthodiques et/ou des Etats généraux. Ceux-ci permettent de clarifier les questions : soit en renvoyant à d’autres débats, en amont ou en aval du problème traité ; soit en dégageant un certain consensus sur la question abordée – comme le font les « conférences de citoyens ». Soit en montrant l’intérêt d’initiatives de terrain, attirant l’attention du public et des acteurs sur ces réalisations et appuyant leur plus grande généralisation. Ce consensus, s’il est suffisant, et quand il concerne des questions sociales, politiques, pourrait devenir le socle de la démocratie participative. Les étapes précédentes ne seraient alors qu’une préparation indispensable pour réaliser cette évolution de la démocratie. Pour cela, il faudrait que le consensus trouvé :
- soit intégré à un programme politique (idée de Parti politique construisant son programme sans a priori, et après des débats sur chacune des grandes questions).
- soit l’objet d’une procédure référendaire, par exemple, pour ensuite prendre force de loi.

Ainsi, la boucle est bouclée. Les « électrons libres » ont trouvé une forme d’action qui permet de dépasser le renoncement individualiste et l’esprit de militantisme partisan. C’était le but ultime de ce site que d’offrir une voie à des individus trop critiques ou trop éclectiques pour s’identifier à un camp et à une vision unique du Bien.

Une vidéo sur la fausse alternative entre populistes et gouvernement des experts :

https://www.youtube.com/watch?v=mR5...